Politique
L'Asie du Nord-Est dans la presse

La Chine, nouvelle source de conflit d'intérêt pour Donald Trump

Un Chinois fouille des bennes à ordures devant un kiosque affichant la photo de Donald Trump en couverture du magazine chinois Esquire, le 2 mars 2017, à Shanghai. (Crédits : AFP PHOTO / Johannes EISELE / via AFP)
Un Chinois fouille des bennes à ordures devant un kiosque affichant la photo de Donald Trump en couverture du magazine chinois Esquire, le 2 mars 2017, à Shanghai. (Crédits : AFP PHOTO / Johannes EISELE / via AFP)
L’empire Trump heureux bénéficiaire de l’empire du milieu. La Chine est devenu le nouveau terreau potentiel de conflits d’intérêt pour le président américain. l’enregistrement de 38 marques labellisées « Trump » a été approuvé sur le marché chinois ce lundi 6 mars. Après avoir largement critiqué la politique commerciale de la Chine durant sa campagne et assuré avoir pris ses distances avec son empire financier, le président américain est à nouveau critiqué à Washington.
« Nous n’avons jamais vu un président recherchant à ce point des bénéfices d’un gouvernement étranger, et cela créé pour lui un conflit d’intérêt évident. » Norman Eison, ancien juriste en chef chargé de l’éthique dans l’administration Obama, ne mâche pas ses mots. C’est que la Chine a accordé l’approbation préliminaire pour enregistrer 38 marques liées au président Donald Trump, indique Reuters. Des documents issus du Bureau des marques de l’Administration chinoise pour l’Industrie et le Commerce, montrent que Pékin protège désormais les intérêts du président américain et de sa famille, afin que le label « Trump » puisse se développer sur son marché. Les avocats de Donald Trump avaient déposés une demande de validation en avril dernier. Celle-ci a donc été approuvée dans deux listes publiées : la première le 27 février, la seconde ce lundi 6 mars, précise le Straits Times.

Selon les experts cités par le Washington Post, « il n’y avait aucune indication que Trump était sur le point de démarrer des entreprises en Chine dans aucun de ces secteurs ». la quarantaine de marques approuvées couvrent un large éventail, allant des hôtels, aux bibliothèques mobiles, aux sociétés de financement en passant par la publicité, détaille Reuters. Depuis 2005, les sociétés de Donald Trump ont déposé au moins 126 marques en Chine, précise le Straits Times.

Ces liens entre la Maison Blanche et les affaires amplifient l’inquiétude des hommes politiques et des groupes de défense des droits aux États-Unis, tant le potentiel de conflits d’intérêts ne cesse d’augmenter. S’il n’y a aucune preuve que le président Trump ait reçu des faveurs spéciales du gouvernement de Pékin, le sénateur démocrate Ben Cardin, membre de la Commission des affaires étrangères du Sénat, a appelé à des sessions d’information officielles sur les « dangers potentiels » de cette approbation chinoise des marques labellisées Trump. Cardin a déjà présenté une résolution demandant au président de couper les liens avec son organisation, indique Reuters. « Toutes ces suggestions démontrent un mépris total des faits, ainsi qu’un manque de compréhension du droit international des marques », défend Alan Garten, juriste en chef de l’Organisation Trump, cité par le Washington Post.

Cette approbation chinoise révèle une nouvelle fois les contradictions du président Trump avec son discours de campagne, note le Straits Times. Vindicatif contre la Chine et ses pratiques commerciales, le candidat républicain avait même menacé d’imposer des tarifs douaniers punitifs contre Pékin. La poursuite de ses intérêts d’homme d’affaires paraissent ainsi en complet décalage avec la stratégie politique de « l’Amérique d’abord », que le milliardaire tente de mettre en place depuis qu’il est à la Maison Blanche. Cette affaire de marques tombe mal. Déjà en février, le gouvernement chinois avait indiqué qu’il accordait à Trump le droit de protéger sa marque pour des projets de construction, après une bataille juridique de plus de 10 ans, rappelle le Straits Times. Une décision annoncée quelques jours seulement après que Donald Trump eut finalement reconnu la « politique d’une seule Chine » lors d’un appel téléphonique avec son homologue Xi Jinping, rappelle le quotidien de Singapour.

Mais les avocats des marques de commerce livre un autre son de cloche sur cette affaire. Le processus d’approbation n’a rien d’inhabituel inhabituel aux yeux de Yong Hengwu, avocat basé à Shanghai pour le cabinet MWE Chine spécialisé dans la propriété intellectuelle, cité par Reuters : « Si elles ont été déposées en avril de l’année dernière et tout juste approuvés, c’est assez normal. La raison pour laquelle les gens accordent tant d’attention aux marques déposées de Donald Trump vient qu’il est devenu le président du pays le plus puissant du monde. »

Une fois élu, le milliardaire avait précisé remettre ses intérêts commerciaux dans les mains d’une société fiduciaire supervisées par ses fils et l’un des dirigeants de la Trump Organization. Sociétié qu’il peut cependant révoquer à son gré, et dont il reste le seul bénéficiaire.

Par Benjamin Giraudeau
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