Revue de presse Asie - 1er juin 2016

Adiz en mer de Chine, la mort pour les journalistes philippins et les Indiennes contre le divorce musulman

La Chine est prête à instaurer une zone d'identification de Défense aérienne en mer de Chine méridionale. Copie d'écran du “South China Morning Post”, le 1er juin 2016.
La Chine est prête à instaurer une zone d'identification de Défense aérienne en mer de Chine méridionale. Copie d'écran du “South China Morning Post”, le 1er juin 2016.

Asie du Nord-Est

South China Morning Post -Cela a tout l’air d’un avertissement en bonne et due forme : d’après des sources proches de l’Armée chinoise et un rapport de Défense, la Chine se préparerait « en cas de provocation et de contestation de sa souveraineté dans la région » à instaurer une zone d’identification de Défense aérienne (Adiz) en mer de Chine méridionale, similaire à celle qu’elle avait unilatéralement imposée en mer de Chine orientale en 2013. La création de cette dernière autour de la zone contestée des îles Diaoyu (appelées Senkaku par le Japon qui les administre), avait à l’époque provoqué de graves tensions dans la zone et le mécontentement des États-Unis.

Ces révélations interviennent à point nommé en amont du dialogue de Shangri La qui se tiendra du 3 au 5 juin prochain à Singapour. A l’agenda de ce forum annuel de Défense à laquelle participeront l’amiral chinois Sun Jianguo et le Secrétaire américain à la Défense, Ash Carter, les tensions territoriales en mer de Chine du Sud. La semaine prochaine aura lieu aussi à Pékin, une rencontre bilatérale entre Chinois et Américains sur les questions stratégiques et économiques.

En réponse au South China Morning Post qui s’interrogeait sur la date de mise en application de cette nouvelle Adiz, le ministre chinois de la Défense a déclaré que tout dépendrait « des menaces aériennes que la Chine affronterait dans la zone et du degré de sécurité aérienne qui en découlait ».
Cette nouvelle affirmation militaire des ambitions territoriales chinoises ne manquera pas de jeter de l’huile sur le feu sur cette zone âprement disputée par le Vietnam, les Philippines et la Malaisie. Même si, soulignent certains observateurs, l’arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte aux Philippines, saluée par le président chinois Xi Jinping, pourrait augurer un apaisement régional des tensions…

Japan Times – Pas question pour la Russie de céder le contrôle des îles Kouriles au Japon. Pour le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov qui s’exprimait dans une interview accordée le 31 mai au site Komsomolskaya Pravda, la Russie ne « rendra pas les Kouriles au Japon » et les Russes ne « ne quémanderont pas de traité de paix ».

Une douche froide après les espoirs créés par la rencontre en mai entre le Premier ministre japonais Shinzo Abe et Vladimir Poutine. Cette éclaircie de courte durée avait fait croire que, peut-être, le conflit de territorialité autour des Kouriles qui s’éternise depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale s’apaiserait enfin. Au lendemain de la défaite japonaise en 1945, l’Union soviétique avait en effet conservé plusieurs îles au large de Hokkaido (Etoforu, Kunashiri, Shitokan et les rochers Habomai), annexées lors de l’invasion de la Mandchourie. Le traité de San Francisco en 1951, stipule que le Japon doit renoncer à toute prétention sur les îles Kouriles mais ne reconnaît pas pour autant la souveraineté de l’Union soviétique sur les Kouriles.

De par cette ambiguité et en dépit de la déclaration russo-nipponne conjointe de 1956 et malgré l’établissement de relations diplomatiques normales entre les deux pays, un traité de paix permanent n’a toujours pas été conclu. Serguei Lavrov a confirmé qu’il respecterait la Convention de 1956 selon laquelle deux des îles seraient rendues après la signature d’un traité de paix mais qu’« en préalable à toute discussion » il fallait que le Japon reconnaisse « l’état de fait au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ». L’impasse est totale.

China Times (en chinois) – Le Kuomintang (KMT) remplit parfaitement son nouveau rôle de « parti d’opposition ». L’importation de porc américain nourri à la ractopamine est son premier cheval de bataille. Le Taipei Times rapporte que des parlementaires appartenant au parti de Chiang Kaï-chek vêtus de bleu (la couleur symbolique du KMT) et accompagnés d’un énorme cochon en polystyrène sont venus aujourd’hui perturber le discours du Premier ministre, Lin Quan. Dix jours à peine après l’investiture du nouveau gouvernement, ils demandent à ce dernier fournir une « lettre de promesses » sur la question du porc américain. Et pour cause, la nouvelle présidente Tsai Ing-wen tient à ce que la République de Chine ait sa place dans l’accord du Partenariat transpacifique (TPP). Ainsi, elle a déclaré la semaine dernière que Taïwan n’avait pas une marge de manœuvre suffisante pour se permettre de s’opposer à l’importation de porc américain.

Voir notre revue de presse du 23 mai 2016.

Mais les députés du KMT sont déterminés. Cela concerne le droit du public à la santé. Un sondage fait par le KMT, rapporte que 70% de la population s’oppose à l’importation de porc américain, tandis que seulement 10% soutiennent la décision de la présidente. En outre, 65% de la population souhaite également s’opposer à l’importation de produits alimentaires en provenance des zones irradiées après la catastrophe de de Fukushima au Japon.

Des manifestants se sont rassemblés jusqu’à midi devant le Yuan législatif (l’équivalent du Parlement). Un éleveur est même venu accompagné d’un porcelet.

Chosun Ilbo (en coréen) – Alors que les relations entre la Chine et la Corée du Nord semblent s’être refroidies depuis que Pékin a voté en faveur des sanctions contre son turbulent voisin au lendemain du dernier essai nucléaire de janvier, la Corée du Nord vient d’envoyer l’un de ses plus hauts diplomates à Pékin. Ce 1 juin en effet, Ri Su-yong, ancien ministre des Affaires étrangères, accompagné d’une imposante délégation de 40 hauts dignitaires, se trouve dans la capitale chinoise. Le bruit court qu’il pourrait rencontrer le président chinois Xi Jinping, dans le but, spécule le quotidien sud-coréen, Chosun Ilbo, d’organiser une rencontre prochaine avec le leader nord-coréen Kim Jong-un. Ri qui a été longtemps ambassadeur en Suisse connaît bien Kim Jong-un pour avoir été en charge de sa sœur et lui lors de leur scolarité à Berne. Ri est aujourd’hui directeur des relations internationales au sein du Parti du travail.
Officiellement toutefois, le diplomate est à Pékin pour discuter des conclusions du septième Congrès du Parti du travail qui a eu lieu en mai. Auprogramme des discssion notamme, l’intention de Pyongyang de poursuivre la « double poussée », le byongjin, c’est à dire le développement parallèle du programme nucléaire et de l’économie. L’éditorial du lundi 29 mai dernier du journal officiel du régime, le Rodong Shinmun, annonçait d’ailleurs en grande pompe le lancement prochain d’une nouvelle campagne nationale en faveur du développement économique, appelée « Bataille des 200 jours ».
Cette dernière est partie intégrante du plan quinquennal annoncé lors du Congrès. Le premier plan économique de grande envergure depuis 1987.

Asie du Sud-Est

Channel News Asia – Les journalistes sont dans le viseur du président Rodrigo Duterte. C’est ce que rapporte le site Channel News Asia. Le dirigeant philippin a annoncé mardi 31 mai qu’il était légitime d’instaurer la peine de mort contre les journalistes corrompus. Avant d’aller plus loin et d’affirmer : « Ce n’est pas parce que vous êtes un journaliste que vous ne pouvez pas être accusé de diffamation. »

D’après Channel News Asia, les Philippines sont réputées pour être l’un des pays les plus dangereux pour les journalistes. 174 d’entre eux sont morts depuis la chute du dictateur Ferdinand Marcos il y a trente ans. Et le président Duterte de livrer son point de vue sur ces morts :  » La plupart des tués, pour être franc, ont fait quelque chose. Vous n’êtes pas assassiné si vous n’avez rien fait ! «  Rodrigo Duterte a aussi souligné le « nombre important » de journalistes philippins corrompus sans toutefois donner de chiffres.

Elu le 9 mai dernier à la tête du pays, il sera investi le 30 juin prochain. Rodrigo Duterte avait fait campagne sur un programme populiste promettant de mettre fin à la corruption et à la criminalité. Le 15 mai, il avait affirmé vouloir réinstaurer la peine de mort, abolie en 2006.

Pour montrer son exemplarité, l’ancien maire de Davao a formé un gouvernement composé d’universitaires et de proches. Lors de sa première réunion ministérielle, le président philippin avait affirmé que les membres de son cabinet « étaient tous des hommes intègres et honnêtes » selon le quotidien singapourien, le Straits Times. Loin de l’avis de son prédécesseur, Benigno Aquino, qui n’a de cesse de répéter que Rodrigo Duterte était un dictateur en puissance.

The Phom Penh Post -De nombreux manifestants prendront les rues de Phnom Penh si Kem Sokha est arrêté. Lundi 30 mai, les parlementaires ont voté en faveur d’un mandat d’arrêt contre le leader du Parti du Sauvetage national du Cambodge (CNRP). La session avait été boycottée par les députés issus de l’opposition. Le leader du CNRP, enfermé dans un immeuble de Phnom Penh et entouré de ses soutiens peut désormais être arrêté à n’importe quel instant. Ses partisans formeront une chaîne humaine pour empêcher l’arrestation de leur leader. C’est ce qu’a affirmé au Phnom Penh Post un activiste du principal parti d’opposition au Cambodge.

Hier mardi 31 mai, la police a conclu un accord avec l’opposition. Un convoi de parlementaires s’est vu autorisé à venir présenter sa pétition au roi. En échange, la manifestation prévue contre le gouvernement a été annulée. Une première pétition avait regroupé plus de 170 000 signatures. Mais les autorités ont accusé le CNRP de tricher lorsqu’une vidéo est parue, montrant des membres diffuser de fausses empreintes digitales (représentant des signatures NDLR) sur ladite pétition. Une enquête est en cours. Si le Parti d’opposition est reconnu coupable, ses chances de faire valoir ses revendications face au Premier ministre au pouvoir depuis 1989 seront fortement réduites. Actuellement, les députés du CNRP rédigent une nouvelle pétition destinée à protéger Sokha. Un moyen de prouver leur bonne foi.

Voir notre revue de presse du 31 mai.

Channel News Asia – Quel avenir pour le fonds d’investissement 1MDB ? Le directoire du fonds 1Malaysia Development Berhad a été entièrement renouvelé rapporte Channel News Asia. Hier mardi 31 mai, le ministère malaisien des Finances a annoncé que les trois nouveaux membres de ce directoire seront sous la tutelle du Secrétaire général du Trésor, Tan Sri Mohd Irwan Serigar Abdullah. On connaît l’identité de deux des nouveaux nommés. Dato’ Norazman Ayob est membre du Secrétariat en chef du gouvernement
et Dato’ Kamal Mohd Ali est le directeur général de Prokhas Sdn Bhd, une compagnie de gestion d’actifs appartenant au ministère des Finances.

Cette nouvelle équipe est nommé alors que le conseil consultatif du fonds, présidé par le Premier ministre Najib Razak, a été dissous, comme annoncé début mai dans les médias (lire ici le Wall Street journal). Ce fonds, créé et présidé par le Premier ministre malaisien, Najib Razak, avait pour but de moderniser le pays. 1MDB est visé par une enquête pour avoir détourné 3,6 milliards d’euros aux dépens d’entreprises publiques. Le Premier ministre aurait personnellement bénéficié de 681 millions via ce fonds étatique. L’enquête a toutefois conclu à un cadeau de la famille royale saoudienne.

Jakarta Globe – La plus grande organisation musulmane d’Indonésie, la Nahdlatul Ulama (NU) a identifié 15 groupes islamistes responsables de diffuser radicalisme et terreur dans le pays.
Selon son secrétaire général, Helmy Faisal Zaini, ces groupes rejettent le Pancasila, la philosophie d’État, au profit d’une idéologie visant à l’établissement d’un caliphat musulman, khilafaf, dans le monde entier. « Ces 15 groupes créent le trouble et cherchent à convaincre les gens d’adhérer au radicalisme et au terrorisme » a-t-il déclaré à l’occasion d’une cérémonie de Défense à Lampung, dans le sud de Sumatra. Il a ajouté que la NU avait « alerté le gouvernement » et entreprendrait « tout ce qui était en son pouvoir pour préserver le Pancasila ».

Le 1 juin est, rappelons-le, le jour officiel du Pancasila, proclamé philosophie d’Etat par le président Soekarno en 1945 et intégré à la Constitution. Ses cinq principes sont : la croyance en un Dieu unique, une humanité juste et civilisée, l’unité de l’Indonésie, une démocratie guidée par la sagesse à travers la délibération et la représentation et la justice sociale pour le peuple. Le président Jokowi devrait aujourd’hui déclarer officiellement le 1 juin jour férié.

Asie du Sud

Dawn – Environ 160 anciens militaires vont être embauchés pour assurer la sécurité des travailleurs chinois au Pakistan, selon le journal pakistanais, Dawn. Cette campagne fait suite à une attaque à la bombe, lundi 30 mai, qui avait blessé un ressortissant chinois. Le Daily Mail rappelle que l’attentat a été revendiqué par des nationalistes opposés à l’arrivée massive d’investissements chinois au Pakistan. La police du Sindh a lancé un appel pour former un commando de 2000 hommes afin d’assurer la sécurité des ressortissants de Chine.

Le journal Dawn affirme par ailleurs que le nombre de Chinois vivant à Karachi et dans d’autres villes du Sindh a fortement augmenté ces derniers mois après la signature du Corridor économique sino-pakistanais, projet économique entre la Chine et le Pakistan. Cet accord doit améliorer les infrastructures pakistanaises et permettre de nouer des liens économiques forts entre Pékin et Karachi. Cette défiance pakistanaise vis-à-vis de l’investisseur chinois risque toutefois de mettre à mal ce que certains appellent déjà la « Route de la soie du XXIe siècle. »

Times of India – Vers le progrès de l’égalité homme-femme pour les musulmans indiens? Le sujet qui taraude les médias indiens aujourd’hui est le « triple talaq ». Une pratique injuste pour les femmes, selon les membres du Bharatiya Muslim Mahila Andolan (BMMA). Elle intervient lorsque des hommes souhaitent « se libérer de la servitude du mariage ». Il leur suffit alors de prononcer trois fois le mot « talaq », qui signifie « divorce ». La BMMA, une association dirigée par des femmes musulmanes, demande l’intervention de la commission pour les femmes (NCW) afin de mettre fin à cette règle. 92% des Indiennes de confession musulmane souhaitent mettre un terme à cette pratique anti-coranique qui a le vent en poupe chez les musulmans indiens. De nos jours, les hommes ont en effet recours aux nouvelles technologies, prononçant même leur divorce par texto ou sur via Facebook. Une pétition a été lancée pour garantir l’égalité des droits constitutionnels et coraniques pour les femmes. Le India Times rapporte que d’autres associations, telles que la Rashtriya Muslim Manch (MRM) ont rejoint la lutte. Si ces revendications sont entendues par les autorités, les hommes n’auront plus le droit de prononcer le divorce en répétant simplement trois fois le mot « talaq ».
Indian Express Entre les maoïstes indiens et les autorités, c’est une lutte qui dure depuis 1967. Le dernier fait en date est l’assassinat avant-hier d’un policier, enlevé puis assassiné dans la région du Jharkhand, dans le nord-est du pays. Tard dans la nuit du lundi 30 mai, un groupe de 10 à 15 maoïstes armés ont pénétré dans la maison de Badrinath Tiwari pour le kidnapper. Une lettre écrite par ceux qui se définissent « naxalistes » (du nom du village à l’origine du groupe) a été retrouvée dans la poche de la victime. Les maoïstes menacent de réserver le même sort à tous ceux qui informeraient la police de leurs actions. Récemment, 3 personnes ont été tuées par des naxalistes à la frontière entre le Jharkhand et le Bihar. Ils étaient suspectés d’informer la police sur les activités du groupe dissident.

Depuis début 2016, pas moins de 80 personnes ont trouvé la mort dans des affrontement entre les autorités et des maoïstes.

Pour aller plus loin, lire notre article sur les maoïstes indiens.

Par Juliette Morillot, Alice Hérait et Liu Zhifan, avec Hubert Kilian à Taipei et Anda Djoehana Wiradikarta à Paris